La défavorisation socioéconomique
Au Québec, l’origine sociale est le premier facteur déterminant de la réussite à l’école. Ainsi, le pourcentage de décrochage scolaire diffère drastiquement lorsque l’on compare les jeunes des milieux les plus favorisés à ceux des milieux les plus défavorisés.
La défavorisation socioéconomique est une source de vulnérabilité pour les familles et individus qui en vivent. Les défis sociétaux des dernières années comme la pandémie, la crise du logement et l’inflation du coût de la vie affectent en premier lieu les ménages à faible revenu.
La pénurie des travailleurs, travailleuses qui perdure dans certains secteurs et le rehaussement des salaires a un côté attractif plus important qu’avant et on observe sur le terrain des jeunes de milieux défavorisés qui se tournent vers le marché du travail pour soutenir économiquement leurs besoins et ceux de leur famille.
Les inégalités sociales se sont accrues et exercent une forte pression sur les jeunes et les familles. Rappelons que le cumul de difficultés est un important facteur de décrochage scolaire.
Quelques chiffres :
– Il y a deux fois plus de jeunes en situation de décrochage dans les milieux défavorisés du Québec, selon les constats d’un mémoire du Conseil supérieur de l’Éducation en 2016.
– En 2022 chez les 15-19 ans, 83,7% étaient étudiants et 16,3% non-étudiants, parmi les non-étudiants, 64% en emploi contre 36,1% au chômage ou inactifs.
– Plus du quart des 15 à 29 ans soit 26,7% vivaient dans un logement coté non-acceptable – soit non-abordable, de taille et ou de qualité non-convenable – selon Statistique Québec en 2021.

La médicalisation des difficultés des jeunes
Sur le terrain les organismes communautaires observent une croissance importante de la détresse chez les jeunes.
Au Québec au niveau secondaire, les diagnostics pour des troubles de santé mentale et la prise de médicaments sont en hausse constante et atteignent des niveaux alarmants. 1 jeune sur 5 a reçu un diagnostic de troubles anxieux, de dépression ou de troubles alimentaires, 1 jeune sur 4 a reçu un diagnostic de TDAH et la prise de médicaments du type anti-TDAH a doublé entre 2011 et 2017. De plus, c’est 29% des jeunes qui étaient dans un état de détresse psychologique avant même la pandémie.
Ces hausses ont lieu dans un contexte où l’accès aux services psychosociaux est largement insuffisant à l’intérieur comme à l’extérieur des murs de l’école. Plutôt que d’offrir le soutien nécessaire aux jeunes, on assiste à la médicalisation de leurs difficultés : des diagnostics médicaux sont apposés sur des problèmes qui ne sont pas nécessairement d’ordre médical (souffrance, deuil, caractéristiques personnelles, etc.). Au-delà de l’urgence d’agir, peut-on se pencher collectivement sur ce qui cause la détresse chez les jeunes ?
Est-ce la jeunesse qui est plus fragile qu’avant, ou serait-ce le système scolaire qui la rend vulnérable?
La pandémie a creusé le manque d’accès aux services de soutien psychosocial. De plus, vu les effets attendus et largement médiatisés d’une détérioration de la santé mentale des jeunes, nous sommes inquiets que la réponse apportée à leurs difficultés sera la médicalisation des problématiques familiales, sociales ou scolaires vécues, la hausse des diagnostics et des prescriptions de médicaments sans un soutien psychosocial adéquat.
Tu veux passer à l’action et faire entendre ta voix face à cet enjeu ? Le Mouvement Jeunes et Santé mentale est un espace d’implication accessible et valorisant pour les jeunes de 16 à 35 ans. Viens jeter un coup d’oeil !
Quelques chiffres :
– En 2022, c’est environ 8% des jeunes de 15 à 29 ans qui ont reçu un diagnostic de trouble anxio-dépressif selon Statistique Québec.
– Et ces diagnostics se retrouvent à 11,8% chez les jeunes femmes et 5,2% chez les jeunes hommes, soit plus du double.
– En 2020-2021, près de 55 % des 15-29 ans se situent au niveau élevé sur l’échelle de détresse psychologique, alors que c’était le cas pour 35 % des 30 ans et plus.
– Les femmes de 15 à 29 ans se situent au niveau élevé de détresse psychologique dans une plus grande proportion que les hommes du même groupe d’âge (64 % c. 47 %).

La reproduction des stéréotypes de genre
Une croyance populaire porte à croire que le décrochage est davantage l’affaire des garçons. En résulte une forte tendance à proposer des solutions genrées qui reflètent un modèle masculin stéréotypé, sans tenir compte des réalités et des intérêts même des jeunes garçons.
On oublie alors que 40 % des jeunes qui décrochent sont des filles. Il faut d’ailleurs souligner que les conséquences économiques, sociales et familiales de l’échec scolaire sont encore plus importantes chez les filles (perspectives d’emplois, salaires inférieurs, charge familiale, etc.). Leur situation est donc tout autant préoccupante que celle des garçons en situation de décrochage.
Cette dualité du décrochage affecte aussi les jeunes trans et non-binaires, qui en sont invisibilisé.e.s. Selon une étude réalisée par la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l’UQAM, « Les jeunes trans font état d’un faible sentiment de sécurité à l’école, ce qui a d’importantes répercussions sur leur cheminement scolaire (absentéisme, difficultés de concentration, réussite incertaine) » (Chamberland, 2010).
Quand on ne se concentre que sur le décrochage des garçons, on oublie les conséquences réelles du décrochage pour tout le monde.
Quelques chiffres :
– Les manchettes ont déjà fait état du taux de sortie scolaire sans diplôme ni qualification qui est monté à 20% chez les garçons en 2021-2022, une augmentation de 3% depuis l’année précédente.
– Rappelons que ce taux a également augmenté chez les filles à 12,7% en 2021-2022, une montée de 2%.
– Nous n’avons pas accès aux données, si elles existent, pour cet indicateur chez les jeunes de la diversité de genre. On comptait 10 155 personnes trans et non-binaires, environ 0,52% parmi les 15 à 35 ans au Québec selon le recensement de 2021.
– En 2019-2021, au Québec, environ 8 % des jeunes de 15 à 29 ans faisaient partie des minorités sexuelles, ce qui représente, en moyenne, environ 102 300 jeunes.
Le système scolaire inéquitable et pauvre en démocratie
Au Québec, « l’école n’offre pas à tous les enfants la même possibilité de développer leur potentiel ». Cette conclusion tirée d’un rapport du Conseil supérieur de l’éducation en 2016 appelait à renverser la « marchandisation » du système scolaire. Avec son régime “à trois vitesses”, l’école est une expérience bien différente pour élèves des écoles privées et publiques, et même entre les programmes sélectifs et les classes régulières du réseau public. Les taux de diplomation et la performance académique des élèves est inacceptablement disparate selon leur milieu socioéconomique de provenance et l’école fréquentée.
Triés sur la base des moyens financiers de la famille et/ou de la performance académique aux examens, certains élèves auront accès à des programmes particuliers, aux projets scolaires inspirants et au soutien particulier nécessaire à leur développement. Les autres se retrouvent donc dans les classes dites “régulières” des écoles publiques, en manque criant de ressources pour accompagner adéquatement chaque élève.
En plus de coincer dans une logique punitive les élèves moins nantis qui ont des difficultés à l’école, le système d’éducation s’est défait progressivement de ses instances démocratiques. Depuis l’abolition des commissions scolaire, et par le fait même des élections scolaires, les Centres de Services Scolaires (CSS), dont les conseils d’administrations sont nommés et tenus d’un devoir de loyauté envers le CSS, n’ont plus la même fonction de rapporter à l’espace public les enjeux vécus sur le terrain.
Dans le réseau de l’éducation, les personnels scolaires sont aussi tenus à ce devoir de loyauté envers l’employeur et les lanceurs d’alerte font face à de réelles conséquences, dont plusieurs exemples ont été médiatisés dans les dernières années.
Et les jeunes? Quelle place donne-t-on à l’éducation démocratique à l’école, si ce n’est que par le conseil d’élève, auquel ne participent qu’une dizaine de jeunes et qui n’ont, pour la plupart, qu’un pouvoir d’agir limité, voire factice. Dans ces conditions, qui peut parler de ce qui se passe à l’école, qui écoute?
Quelques chiffres :
– Selon une étude de l’IRIS parue en 2022 : ces programmes reconduisent des inégalités au sein même des écoles publiques puisqu’ils sont très souvent réservés aux élèves les plus privilégié·e·s et les plus performant·e·s. En effet, plusieurs de ces programmes spécialisés imposent la sélection des élèves par le biais de tests d’admission, et 76% d’entre eux exigent une contribution parentale, qui est en moyenne de 1 220 $ par an.
– Selon cette même étude, près de la moitié (44%) des élèves du secondaire étaient retiré·e·s des classes ordinaires du réseau public pour être inscrit·e·s à l’école privée ou dans un programme particulier en 2021.
– « En plus de reproduire les inégalités déjà existantes, ce phénomène entraîne un transfert des ressources vers le privé et contribue à la détérioration des services offerts dans le réseau public », souligne Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS et autrice de l’étude.
– En 2022, l’écart de réussite aux examens du ministère entre les élèves du public et du privé, qui s’était réduit pendant la pandémie, était à son sommet depuis cinq ans : la réussite aux examens était à 86,7 % dans le réseau public contre 96,5 % dans le réseau privé.


