La défavorisation socioéconomique

L’origine sociale est le premier facteur déterminant de la réussite à l’école. Ainsi, le pourcentage de décrochage scolaire diffère drastiquement lorsque l’on compare les jeunes des milieux les plus favorisés à ceux des milieux les plus défavorisés (MEQ, 2002 ; Réunir Réussir, 2013). Dans certains quartiers défavorisés, le nombre de jeunes en situation de décrochage scolaire est jusqu’à deux fois plus élevé (Ibid). La crise a exacerbé cette dynamique : au printemps, les élèves en difficultés et les élèves des milieux défavorisés sont retournés à l’école en moins grand nombre.

Taux de décrochage scolaire des élèves fréquentant une école en milieu défavorisé (ISQ, 2019, p.86)

  • 2016-2017 : 18,7%, soit 1,4 fois plus que la moyenne de l’ensemble des élèves.
  • Diminution de 28% en 2008-2009 à 19% en 2016-2017.

Poursuite aux études universitaires pour les élèves ayant fréquenté… (Le Devoir, 25 mars 2019)

  • Écoles privées : 60% des élèves
  • Programmes particuliers sélectifs école publique : 51%
  • Écoles publiques ordinaires : 15%

Taux de décrochage scolaire des élèves HDAA fréquentant une école en milieu défavorisé(ISQ, 2019, p.86)

  • 2016-2017 : 28,6%, soit un taux 2,2 fois plus élevé que pour l’ensemble des élèves

Pourcentage d’élèves défavorisés dans le réseau public et privé (MEE, 2019, p.13)

  • Réseau privé : 5,6%
  • Réseau public : 29,8%

La médicalisation des difficultés des jeunes

Au Québec au niveau secondaire, les diagnostics pour des troubles de santé mentale et la prise de médicaments sont en hausse constante et atteignent des niveaux alarmants. 1 jeune sur 5 a reçu un diagnostic de troubles anxieux, de dépression ou de troubles alimentaires, 1 jeune sur 4 a reçu un diagnostic de TDAH et la prise de médicaments du type anti-TDAH à doublé entre 2011 et 2017. De plus, c’est 29% des jeunes qui étaient dans un état de détresse psychologique avant la pandémie.

Il est accablant de constater que ces hausses ont lieu dans un contexte où l’accès aux services psychosociaux est largement insuffisant à l’intérieur comme à l’extérieur des murs de l’école. Plutôt que d’offrir le soutien nécessaire aux jeunes, on assiste à la médicalisation de leurs difficultés : des diagnostics médicaux sont apposés sur des problèmes qui souvent ne sont pas d’ordre médical (souffrance, deuil, caractéristiques personnelles, etc.).

La pandémie a creusé le manque d’accès aux services de soutien psychosocial. De plus, vu les effets attendus et largement médiatisés d’une détérioration de la santé mentale des jeunes, nous sommes inquiets que la réponse apportée à leurs difficultés sera la médicalisation des problématiques familiales, sociales ou scolaires vécues, la hausse des diagnostics et des prescriptions de médicaments sans un soutien psychosocial adéquat.

Risque de décrochage scolaire selon le niveau de détresse psychologique (ISQ, 2018, p.177)

  • Niveau de détresse élevé : 22,4%
  • Niveau de détresse moyen ou faible : 14,8%

Détresse psychologique selon la perception de la situation financière (ISQ, 2018, p.146)

  • Plus à l’aise que la moyenne : 26%
  • Dans la moyenne : 27%
  • Moins à l’aise que la moyenne : 49%

Prise de médicaments pour se calmer ou se concentrer (Ritalin, Ativan…) (ISQ, 2018, p.151)

  • 2010-2011 : 7,9%
  •  2016-2017 : 14,8% a pratiquement doublé en 6 ans.

« Environ un élève sur cinq (19,5%) a reçu un diagnostic de trouble anxieux, de dépression ou de trouble alimentaire de la part d’un médecin ou d’un spécialiste de la santé. » (ISQ, 2018, p.159)

La fracture numérique

Dans un contexte de fermeture des écoles ou de fréquentation scolaire à temps partiel, l’accès et la maîtrise des outils numériques sont devenus une condition essentielle d’accès à l’éducation. Or, le branchement à internet, la possession d’un appareil numérique et les compétences numériques sont tous liés au statut socioéconomique des jeunes. Il y a une fracture numérique entre les jeunes de milieux favorisés et les jeunes de milieux défavorisés qui impacte l’accès à l’éducation.

« Les jeunes dont un des parents a un niveau scolaire collégial technique ou universitaire ont des compétences numériques créatives et techniques plus riches que les autres. » (Yagoubi, 2020, p.77)

Estimation du branchement des foyers québécois avec au moins un enfant de 15 ans et moins à une connexion internet résidentielle en 2016 (Bernier, 2017, p.1) 

On n’estime que ne sont PAS branché

  • À internet : 15 880 familles
  • À internet haute vitesse : 54 700 familles

Niveau d’habileté élevé à utiliser internet déclaré des adultes québécois selon le niveau de scolarité en 2018 (CEFRIO, 2018, p.14)

  • Diplôme primaire/secondaire : 32%
  • Diplôme collégial : 56%
  • Diplôme universitaire : 60%

La reproduction des stéréotypes de genre

Une conception genrée du décrochage scolaire circule selon laquelle le décrochage est davantage l’affaire des garçons et les actions mises en place doivent être adaptées au sexe masculin. Or, 40 % des jeunes qui décrochent sont des filles. Par ailleurs, les conséquences économiques, sociales et familiales de l’échec scolaire sont encore plus importantes chez les filles. Leur situation est donc tout autant préoccupante que celle des garçons en situation de décrochage. Les initiatives scolaires qui séparent les jeunes selon leur sexe n’ont pas d’effets sur la réussite scolaire de ces derniers. Plus encore, ces initiatives tendent à renforcer l’adoption des stéréotypes de genre (ex. « les filles aiment moins le sport que les garçons »).

Part des filles parmi les décrocheur.euse.s (MEES, 2020, p.7)

  • 2017-2018 : 39,4%, soit le 2/5

En 2015, les hommes qui n’avaient pas terminé leur secondaire gagnaient en moyenne 0,44$ l’heure de plus que les femmes avec un DES(Rose, 2016, p.12-13)