Décrochage scolaire: il y a urgence d’agir

Par Mélanie Marsolais, directrice générale du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD)

Dans 10 jours sera effectué le décompte annuel des élèves… et de ceux qui ne sont pas revenus en classe cette année. Combien de jeunes ont été découragés, se sont sentis abandonnés, combien ont fait le dur pari de quitter leurs études avant l’obtention d’un diplôme qualifiant, dans l’espoir d’améliorer leur condition immédiate ?  

Le système scolaire québécois a des angles morts majeurs qui menacent sa mission première. Trop souvent, le poids de l’échec scolaire est uniquement mis sur les épaules des jeunes ou de leur famille en invoquant les facteurs personnels comme le rendement, la motivation ou la persévérance. 

Si « l’éducation, c’est la priorité des priorités », il importe de documenter et de s’attaquer aux causes profondes de ses maux. Il ne s’agit pas seulement de recenser les notes aux bulletins et les sorties de parcours. Le « tableau de bord » rêvé par le ministre Drainville pour avoir accès en temps réel aux résultats scolaires de tous les élèves du Québec n’offrirait qu’un champ de vision limité. 

Augmentation 

Sur le terrain, les organismes de lutte au décrochage observent une augmentation des difficultés pour de nombreux jeunes et leur famille et, pire encore, une augmentation de la détresse. Des conditions qui pourraient les mener au décrochage si elles ne sont pas rapidement prises en charge adéquatement.  

Au Québec, l’origine sociale est encore aujourd’hui le premier facteur lié à la réussite ou au décrochage scolaire. Diverses pressions sociales et structurelles entravent le parcours scolaire des jeunes, et ce, malgré leur volonté et leur persévérance. Pour illustrer la situation, le taux de décrochage scolaire diffère drastiquement si l’on compare les jeunes des milieux les plus favorisés à ceux des milieux les plus défavorisés.   

Toutefois, les moins nantis ne sont pas les seuls à se sentir submergés : le système scolaire québécois est l’un des plus inéquitables du pays. Avec son régime « à trois vitesses », l’école est une expérience bien différente pour les élèves des écoles privées, des programmes sélectifs ou des classes régulières du réseau public. Si l’éducation est un droit, au Québec la qualité est-elle un privilège ? 

Actualiser le portrait national 

La gravité de la situation mérite une enquête officielle du gouvernement. Il faut un portrait national actualisé sur les causes de l’échec scolaire au Québec. 

Il est aussi légitime de se demander quels indicateurs le ministère observe pour s’acquitter de la mission qu’il s’est donnée : « Offrir, sur tout le territoire québécois, des milieux de vie propices à la réussite éducative et à la pratique régulière d’activités physiques, de sports et de loisirs, des milieux de vie qui sont inclusifs, sains et respectueux des besoins des personnes et de leurs conditions. »  

L’éducation au Québec est un investissement qui assure le développement social, culturel et économique de notre société et il faut aller jusqu’au bout. Donnons à chaque école les moyens d’être inspirante, d’être un lieu où il fait bon s’investir, où l’aide nécessaire est accessible. La compétition entre les établissements scolaires serait alors remplacée par un réseau scolaire équitable et inclusif qui mise sur l’égalité des chances. Il en va de la réussite de nos jeunes et de l’avenir de notre société. 

Texte paru le 20 septembre 2023 dans le Journal de Montréal et TVA nouvelles.

Journée de Refus de l'Échec Scolaire