Naufragés, nous le somme devenu par manque de repères. L’école n’a pas su nous guider, nous aider. Elle n’a pas trouvé de solution aux problèmes que nous avons rencontrés en son sein. Par manque de volonté, par manque de moyens, rongée par ses problèmes, l’école nous a laissés couler. Nous nous sommes retrouvés laissés à nous-mêmes, à tenter de surnager avec nos difficultés d’apprentissage, notre anxiété, nos séquelles d’intimidation…

Nous nous sommes retrouvés naufragés par manque de services spécialisés pour nous aider à surmonter nos difficultés : psychoéducateurs, orthopédagogues, psychologues, orthophonistes, conseillers d’orientation… Soit ils ne sont pas en nombre suffisant dans nos écoles, soit ils ne sont pas affichés suffisamment et connus de la communauté étudiante. Nous avons souffert de ne pas pouvoir profiter de ces ressources.

Nous nous sommes retrouvés naufragés à cause de l’entassement dans nos classes avec un trop grand nombre d’élèves, dans un groupe qui se désorganise d’autant facilement. De ce fait, nous n’avons pas pu profiter des ressources d’un enseignant qui, débordé, n’est pas capable de nous venir en aide adéquatement, parce que lui aussi tente de surnager. La surpopulation des classes nous empêche d’établir un lien significatif avec l’enseignant, ce lien si précieux qui pourrait nous faire nous sentir valorisés, reconnus et aimés, et prévenir tant d’autres problèmes.

Nous nous sommes retrouvés naufragés par manque de stabilité du personnel, à cause du va-et-vient constant causé par les départs en burn-out des enseignants, par l’épuisement professionnel directement lié à la surpopulation des classes et à la surcharge de travail qui l’accompagne. Nous voulons que le nombre d’élèves par enseignant soit réduit radicalement, tant pour la bonne santé des élèves que pour celle du personnel.

Nous nous sommes retrouvés naufragés à cause du manque d’argent chronique du système scolaire public, par les choix du précédent gouvernement de couper les dépenses, mais aussi à cause de la mentalité, très présente, de faire autant avec toujours moins. Cela nous fait nous demander si l’éducation est réellement une priorité pour notre société. Les jeunes sont-ils vraiment l’avenir? À voir la manière dont nous sommes considérés par le système scolaire, on pourrait croire que l’avenir… a peu d’avenir.

Nous nous sommes retrouvés naufragés à cause de la sélection pratiquée par le réseau des écoles privées, mais aussi par la mode des programmes à vocation particulière, qui ont tendance à drainer les élèves forts et qui laissent baigner les autres dans une école publique régulière ressemblant, de plus en plus, à une poubelle en manque de ressources. Pourquoi tant d’argent est-il investi pour soutenir les écoles privées (qui desservent une clientèle minoritaire et triée), au lieu d’assurer au plus grand nombre les ressources nécessaires pour vivre une expérience scolaire positive et satisfaisante?

Nous nous sommes retrouvés naufragés à cause de la rigidité du système scolaire qui ne favorise pas assez la diversité des modèles pédagogiques. L’école opère encore selon un modèle d’instruction de masse qui marginalise les autres ressources comme l’école à la maison, l’éducation alternative, la scolarisation dans des organismes communautaires reconnus. Parce qu’il y a plus d’une manière d’apprendre, nous voulons pouvoir accéder au modèle qui favorise le plus notre apprentissage. Ouvrez l’école!

Nous nous sommes retrouvés naufragés parce que l’école peine à être un milieu de vie stimulant et enthousiasmant, suscitant le sentiment de sécurité et l’appartenance. Nous ne voulons plus que l’école soit une jungle où l’on peut se sentir menacé par un enjeu de pouvoir entre élèves, ou entre enseignants et élèves. Nous voulons un milieu de vie sécuritaire où le personnel est formé adéquatement contre l’intimidation. Nous voulons un milieu de vie démocratique où notre voix est vraiment prise en compte. Laissez-nous plus de place! Nous voulons être partie prenante des décisions qui nous concernent, tant dans la classe que dans l’école. Nous voulons plus de pouvoir dans les instances décisionnelles qui concernent notre parcours et notre milieu de vie. Écoutez-nous!

Heureusement pour nous, après notre naufrage, d’autres ressources nous ont repêchés et réanimés. Nous souhaitons maintenant faire entendre nos voix de naufragés afin que l’école change de cap. Il ne faut plus qu’autant de jeunes soient sur le point de sombrer. Il faut qu’ils puissent se guider à un phare dont la lumière aura été rallumée par des changements radicaux et essentiels.

Nous sommes conscients que, en tant qu’élèves, nous avons une responsabilité dans notre réussite scolaire : utiliser des stratégies appropriées, pratiquer avec application notre métier d’étudiant, acquérir une discipline de travail, demander de l’aide lorsque nous en ressentons le besoin.

Nous nous engageons à faire notre part. S’il vous plait, faites la vôtre! Ne laissez plus des jeunes en difficulté comme nous devenir naufragés de l’école.


D’après les propos et les idées de Mia Tougas-Richer, Annabelle Charron et Antoine Champagne, de L’Ancre des Jeunes

Mise en texte : Jean-François Caron, intervenant en participation citoyenne à L’Ancre des Jeunes